La musique n'est pas un utilitaire
A la question « Quelle est la fonction de la musique ? » j'aurais tendance à répondre qu'elle n'en a aucune, que sa fonction essentielle est d'éviter qu'on pose ce type de question. C'est qu'il y a souvent derrière cette interrogation le jugement brut du plaisir qui ne se discute pas ou pire la pression de l'utilitarisme bourgeois qui méprise, et surtout tend à asservir ou à détruire ce qu'il ne peut mesurer en gains monétaires, de carrière, de pouvoir, de miroir de pouvoir, de morale, de notabilité, voire de loisir rationnel. Dans cette optique, une grande partie des activités artistiques, musique comprise ne sert pas à grand chose. Il est même peut-être vital que l'art puisse échapper le plus possible à l'utilitarisme bourgeois. Et pour aller au bout de cette pensée, j'aurais envie d'affirmer que la fonction de la musique et de n'en avoir pas, ou que sa fonction est fondamentalement de ne servir à rien. Dans cette optique d'utilitarisme bourgeois, c'est le terme « utile » qui gêne.
En fait, si à la question « Ça sert à quoi ? », je réponds « A rien » c'est avant tout par un réflexe guidé d'expérience, pour éviter des discussions oiseuses, des réponses insatisfaisantes ou de m'engager sur un terrain où je serais en difficulté. Car je sais confusément, qu'une telle réponse est également bourgeoise, qu'elle ignore la sociabilité au profit de l'individualisme, l'utilité qu'ont des uns aux autres les personnes qui vivent en société, mais surtout qu'elle est trop en sympathie avec le positivisme c'est-à-dire trop en sympathie avec l'idée d'un monde arrivé à la perfection de son développement, où chaque chose est à sa place et se donne pour ce qu'elle est. Un autre fait est que se placer d'une part ou de l'autre d'un objet, le louer ou le contester, ne dit pas nécessairement de quoi il est fait. Mais sans cet art incalifiablement beau, des personnes telles que Lara Mertz, ne peuvent plus continuer de vivre...


